Bannière

[ Inscrivez-vous ]

Newsletter, Alertes

France : Lettre de Jacques Villard à Gérard Garcia le 14 juillet 2017

France-Divers-Paroles de Pied-Noir

MONTPELLIER, 16  juillet (Infosplusgabon) -  Jacques  Villard , Porte-parole du  Gouvernement provisoire du  peuple Pied-Noir en exil (GPPNE), a  adressé le  14  juillet, une  longue lettre à Gérard  Garcia. En  voici la teneur.

 

 

Gérard Garcia, mon frère.

Mon bien cher frère Gérard,

Comme je suis heureux de te lire et de te relire.

Les heures que nous avons passées ensemble sont inscrites dans mon cœur, dans ma mémoire. Tu le sais. Il y a plus en nous qu'une simple amitié.

C'est un sentiment fort, indestructible, comme avec Maurice Calmein, un sentiment d'appartenance à une famille quel que soit l'engagement de chacun de ses enfants.

On attribue, semble-t-il par erreur, à Voltaire, cette phrase : « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je suis prêt à mourir pour que vous puissiez le dire. »

J'ai vécu dans ce cadre de pensée.

Parce que nous avons été, comme tu le dis avec une particulière justesse, souvent jugés et condamnés sans avoir été entendus, je n'ai jamais voulu devenir un Juge. Je n'en suis pas digne.

J'ai, devant les yeux et depuis cette journée historique, cette belle photographie du Sénat où nous sommes, toi et moi, en compagnie de Maurice, d'Yvon et d'Alain, les fondateurs, entre autres, du Cercle Algérianiste.

Malheureusement Yvon nous a quittés, mais il est là, en nous.

Je crois qu'Alain nous condamne, toi et moi. Il se peut que cela soit vrai, mais je ne sais pas pourquoi ?

Moi je ne le condamne pas. Il reste mon frère, notre frère pour les siècles des siècles.

Maurice n'est plus d'accord avec ce que je fais, pas uniquement sur le plan Pied-Noir, d'ailleurs !

Mais nous avons gardé cette fraîcheur d'âme qui nous permet d'être au-dessus des contingences humaines. Chacun fait son devoir dans son coin, comme il le peut et lui, il le fait bien.

Gérard, tu es un poète combattant. Je connais et j'approuve tous tes engagements. Ils sont miens même si nous n'avons pas trop eu le temps d'en parler.

Nous sommes dans nos 70èmes années. Il faut se dépêcher de sortir les mots qui nous restent car, dans quelques temps, plus personne ne nous comprendra.

Dimanche dernier, j'étais à Sète, aux côtés de nos frères juifs pour la commémoration des 70 ans de l'Exodus, anonyme dans la foule.

Pourquoi ? D'abord pour la souffrance de nos frères sortis des camps de la mort allemands et tirés comme des lapins par les Anglais alors qu'ils partaient pour la liberté retrouvée.

Mais ce qu'ils ne savaient pas, c’est que toi et moi nous avons négocié, grâce au Général Jouhaud, le rachat du Château de Cambous, à Viol-en-Laval, qui appartenait à l'époque à l'Etat d'Israël, pour y installer notre Peuple.

C'était dans le cadre de Patria Nostra.

L'Etat d'Israël nous le vendait pour une bouchée de pain.

Hélas ! Nous n'avons pas pu réunir la bouchée de pain.

Dans ce château de Cambous, qui a une histoire extraordinaire, avaient séjourné des petits orphelins juifs de parents exterminés qui devaient embarquer sur l'Exodus.

Nous sommes, nous aussi, les enfants d'un peuple massacré par la bêtise humaine. Rien de ce qui est dit à notre sujet n'est vrai, mais il fallait justifier le génocide et l'exode, créer une légende, donner un sens à l'horreur et nous faire « décamper » d'une terre qui ne voulait plus de nous.

Il fallait donc que je sois avec nos frères juifs, même en courant le risque d’être interdit d'entrer.

Non seulement nous n'avons pas été écartés, mais nous avons été reçus comme des princes et nous nous sommes embrassés en pleurant.

Les violons, les souvenirs, la mer, le soleil ; je me suis retrouvé comme là-bas. J'ai eu des vertiges. Je ne comprenais plus où j'étais.

Je suis le fils d'un homme assassiné, d'un homme tendre et tolérant, d'un patriote français, d'un pied-noir de cinq générations qui portait avec fierté son sang franc-comtois et espagnol, mêlé à du sang juif et berbère.

Il n'était pas une exception ; ma mère tenait dans ses veines du sang italien et vendéen.

Ce père qui était mon ami, je n'ai cessé de défendre sa mémoire et celle de ses amis, celle de Mouloud Feraoun et de ses amis ; tous tués par les mêmes hommes, en 1962, à deux mois d'intervalle.

Le commanditaire est mort cette année le 3 juillet, protégé par le politique et la justice française, alors qu'il devait passer devant un tribunal pénal international pour crime contre l'humanité.

Je n'ai jamais eu de haine. Je n'ai jamais eu de ressentiment. J'ai accepté de lui parler pour savoir. J'ai simplement refusé de lui serrer la main car je crois avoir les mains propres.

C'est fini. Il est mort et tant mieux. Nous allons commencer à oublier, nous les enfants de ceux qu'ii a fait mourir avant l'heure. Nous n'attendions pas sa mort. Elle nous était indifférente. Mais il était là, il vivait et nous nous demandions, si nous devions venger nos pères, nos frères, nos amis assassinés.

Deutéronome 32 : 35 « A moi appartiennent la vengeance et les représailles… » (Bible du Cardinal Liénart : 1955)

Dieu vient de nous répondre. Merci ! Dieu existe donc puisqu'il répond à nos questions.

J'ai obtenu deux réponses le 3 juillet que l'on peut résumer ainsi : Dieu existe et je l'ai rencontré.

Toi, Maurice, moi, tous nos frères Pieds-Noirs, nous sommes des sangs mêlés.

Les sueurs de nos pères, leurs larmes, leurs sangs ont arrosé la terre d'Algérie et celle de France, surtout lorsqu'il a fallu venir défendre la Mère Patrie.

Comment pourrions-nous, maintenant, cracher sur l'une de ces deux terres à la manière de Boris Vian d'autant que, pour nombre d'entre-nous, nos pères reposent sous l'une des deux terres mais aussi, en remontant plus loin, sous les terres de tous les pays de la Méditerranée ?

Ce sang, qui a vu tant de choses, comme disait Louis Bertrand, doit faire fleurir ces terres.

Nous sommes des fils de paysans…

Mais des paysans sans une « terre », ne sont pas des paysans !

Donnez-nous un levier, disait Archimède, et nous soulèverons la Terre !

C'est ce que nous souhaitons au titre de notre démarche pour la reconnaissance de notre identité de peuple Pied-Noir.

Dire ce que nous sommes, prendre la pelle et montrer ce qu'étaient nos pères en donnant une réalité à leurs rêves.

Nous sommes des êtres humains sur une planète perdue dans l'Univers.

Nous sommes, dans le microcosme, une mer de grains de sable.

A la manière de Saint-Exupéry, nous disons : « donnez-nous un grain de sable, celui dont personne ne veut, et nous vous offrirons une rose. »

Nous sommes des hommes de Paix, des hommes fraternels, nous savons rire et pleurer, nous aimons nos frères, tous nos frères !

On se « fout » du fait qu'ils soient du Front National ou de la France insoumise, qu'ils soient en marche ou en déroute.

Ils sont nos frères. Point !

Le jour de la commémoration des 70 ans de l'Exodus, j'ai embrassé un ancien élu communiste qui nous avait ouvert la porte en son temps. Peu de temps après, j'ai embrassé une jeune femme, blonde comme les blés, élue du Front National. Je n'ai pas honte de dire que j'en suis fier et que c'était bien !

Et il y avait tous les autres aussi, de tous les partis, qui sont venus dire combien le martyre des Juifs était aussi leur martyre !

C'était beau, c’était émouvant ! On a pleuré, on a rit, on a chanté, on a fait revivre nos parents. C'est mieux qu'une campagne électorale, tu peux me croire.

J'ai pensé à nos pères dans les tranchées de 14 et de 39, qui attendaient la mort en compagnie de leurs frères de toutes origines et de toutes confessions, qui pensaient à leurs familles restées là-bas et qui sentaient qu'ils allaient mourir seuls, sans les bras d'une mère, d'une épouse, d'une fille pour les accompagner dans ce terrible moment. Ils embrassaient leurs voisins, ils montaient à l'assaut et ils mourraient sans savoir avec qui ils avaient partagé ce dernier baiser.

Les hommes sont fous, Gérard.

Ils sont capables du pire et du meilleur, mais nos fous, moi, je les aime bien ; car j'aurai voulu serrer mon père dans mes bras avant qu'il ne meure et j'aurai voulu l'enterrer dans cette terre qu'il chérissait. Il est mort en proscrit et il vit son éternité dans une terre qu'il ne connaissait pas. C'est vrai, lorsqu'on est mort, on ne sent plus l'odeur de la terre, mais moi, cette odeur, je la sens pour lui ; et je ne me sens pas bien. Je ressens le devoir inachevé.

Tu comprends pourquoi, il m'est impossible aussi de rejeter ces migrants qui vivent ce même calvaire que nous avons vécu : la guerre civile fratricide, les convois vers des lieux d'embarquement, la traversée de la Méditerranée, la mort en mer et la vie dans des camps d'internement qui devraient être des camps d'accueil, dans l'indifférence et parfois la haine des peuples dont les terres servent de refuge.

En fait, j'ai gagné au change par ce long martyre de notre Peuple.

Nous étions sur un bout de terre et la « Terre » est devenue notre Patrie depuis que nous avons été dispersés sur les cinq continents.

On a massacré nos familles et … l'Humanité est devenue notre famille.

Voilà où j'en suis dans nos réflexions, mon cher Frère Gérard.

Je me souviens de notre traversée de la France dans ta vieille 2 Chevaux, la traversée aussi de la France avec le cercueil de mon père parce que personne ne voulait me laisser l'enterrer convenablement.

Un jour, je regardais la mer Méditerranée en face de moi. J'étais assis sur un tronc d'arbre qui avait fait toute une carrière dans cette mer.

Je regardais l'horizon en compagnie d'un petit être qui m'avait choisi comme grand-père.

Nos regards à tous deux étaient tournés vers cet horizon

Je regardais cet horizon, là où le ciel vient faire l'amour à la mer.

Un brusque sentiment m'a submergé.

J'ai revu tous les miens.

Je me suis pris la tête dans les mains et j'ai pleuré à chaudes larmes, des larmes intérieures puisque mes larmes ne coulent plus depuis 1962.

Le petit m'a regardé et m'a demandé : pourquoi pleures-tu, Papé ? Il avait ressenti.

Que dire ? Raconter toute l'histoire ? Je ne pouvais pas. C'était trop long pour un enfant de cet âge.

Je lui ai simplement demandé : tu vois l'horizon ?

Il a froncé les sourcils, un peu chauffés par le soleil, et il m'a répondu : oui, je le vois.

J’ai continué : Alors-tu regardes bien et tu vas voir, au-delà de l'horizon, le pays de Papé, là ou j'ai été petit comme toi, là où je m'asseyais, avec mon grand-père, sur la plage pour regarder derrière l'Horizon, la France, ce beau pays dont il me parlait, lui aussi avec des larmes dans les yeux.

Mais quel est ce pays, Papé ? me demanda-t-il.

C'est l'Algérie, lui dis-je.

Oui, Papé, je le vois ton pays.

Comment, tu le vois ? Lui dis-je en me frottant les yeux pour le voir à mon tour. Moi, je ne le vois plus !

Ah ! Tu as les yeux fatigués parce que tu as trop pleuré. Mais, moi je le vois ton pays et ton pays, c'est le mien puisque je suis ton petit-fils.

Je le regardais avec encore plus de larmes dans les yeux. Je l'ai serré dans mes bras et je l'ai embrassé.

Lui, il m'a regardé, étonné. J'ai cru qu'il ne comprenait pas. En fait, il réfléchissait.

Il m'a dit alors :

Tu vois, toi tu regardais la ligne bleue de l'horizon alors que tu avais 4 ans et tu regardais la France.

Moi, j'ai 4 ans, je regarde l'horizon et je vois l'Algérie.

Je lui répondis : Hélas, ces deux pays ne sont pas à nous.

Tu voudrais bien que, toi et moi, nous construisions un pays sur la ligne de l'horizon ?

Parce que, alors, nous pourrions regarder devant et voir la France, nous pourrions regarder derrière et voir l'Algérie mais nous aurions les pieds, nos Pieds-Noirs, sur une terre qui serait la nôtre. Parce que, je suis, moi-aussi un Pied-Noir, Papé, n'est-ce pas ?

Oui, tu es un Pied-Noir ! Lui murmurai-je.

Il venait de me bouleverser. Je ne savais plus qui était le petit-fils et qui était le grand-père? Qui était le plus sage et le plus réfléchi des deux ?

Ce que j'ai su : c’était que mon petit fils était un sage et que j'étais un imbécile !

Nous nous sommes levés. Je lui ai pris la main et nous sommes partis rapidement.

Il a été étonné. Mais, Papé, où allons-nous ? me dit-il.

Je lui répondis avec du courage et de l'espérance dans la voix : Nous allons construire, toi et moi, le pays de l'horizon avec de la terre de France et d'Algérie pour que tu puisses y habiter et, un jour, venir, avec ton petit-fils, sur la plage de ton pays, contempler avec amour, l'Algérie et la France, d'un même œil, toi le Pied-Noir.

Voilà, Mon Cher Gérard, pourquoi je suis en train de me battre en tant que Président du Conseil des Ministres du Gouvernement Provisoire Pied-Noir en Exil.

Je suis présent dans ce combat pacifique et fraternel pour ce petit-fils, pour mon père, pour toi, pour nous, pour celles et ceux qui partagent notre vie, qui ne savent pas d'où nous venons, qui étaient nos familles, ce que nous sommes capables de faire et comment nous faisons pour aimer les autres sans ne jamais rien demander en retour.

Je t'embrasse fraternellement.

Jacques Villard


La  chanson d'Enrico Macias


Tu te souviens de la chanson d'Enrico Macias que nous chantions à l'époque ?

Il était génial, Enrico ! Je te donne les paroles après ce message :

« Nous partons vers notre île. Nous allons y planter nos tentes et nos pommiers. Viens avec nous, mon frère, nous avons énormément besoin de toi, de tes mots et de la guitare de Maurice.

Tu sais, j'ai rencontré, l'un des nôtres. Il est banquier. Il a de l'argent plein les poches. Il est élu. Il a une belle écharpe tricolore. Il a été décoré. Il a toutes les décorations du monde. Il a une belle femme, des enfants, des petits enfants, une belle maison, une belle voiture.

Je lui ai demandé s'il était heureux. Comme ça, pour savoir !.

Il m'a fusillé du regard. Il m'a traité de salaud et puis il m'a embrassé.

Ces lunettes sont tombées par terre et se sont cassées.

Il est fou, comme Afflelou, mais je sais qu'il va venir.

Je l'aime bien. Lui aussi, c'est mon frère !

On s'en allait, chassés par le cyclone

Et sur la route on nous avait jeté

Mais quand on fût près de l'île du Rhône

On a compris qu'on était arrivé

On a compris qu'on était arrivé

 

L'île du Rhône semblait nous attendre

L'île sauvage douce à l'homme oublié

On a percé sa glaise humide et tendre

Pour y planter nos tentes et nos pommiers

Pour y planter nos tentes et nos pommiers

 

Que c'était bon d'arracher les broussailles

Nos mains faisaient reculer la forêt

Quand notre terre nous ouvrait ses entrailles

Que c'était bon d'y planter nos pommiers

Que c'était bon d'y planter nos pommiers

 

Etes-vous fous nous disait le village

Connaissez-vous le Rhône de chez nous

L'avez-vous vu quand il est par l'orage

Gros de la Saône et qu'il pleut sur le Ventoux

 

L'avez-vous vu dans ses grandes colères

Plus dangereux qu'un archange brutal

Tous les cent ans, la chose est légendaire

Quatre ou cinq fois il nous fait bien du mal

 

On a gardé les amarres à nos barques

Car si le Rhône nous donne encore vingt ans

Chaque matin, chaque heure est un miracle

Le sirocco n'en laissait pas autant

Le sirocco n'en laissait pas autant

 

Regardez-la, c'est notre île cantique

C'est un poème, un bouquet de couleurs

C'est notre terre et c'est notre Amérique

L'eau de ses bords fait le tour de nos cœurs

L'eau de ses bords fait le tour de nos cœurs

 

Car tous ces jours où l'on courbait l'échine

Pour préparer le sol de nos pommiers

On avait tant, tant besoin de racines

Que c'est aussi nos vies qu'on a planté

Que c'est aussi nos vies qu'on a planté.

https://www.youtube.com/watch?v=BLJEdzx1Ooc

 

 

FIN/INFOSPLUSGABON/ANL/GABON2017

 

© Copyright Infosplusgabon

Qui est en ligne!

Nous avons 1869 invités en ligne

Publicité

Liaisons Représentées:

Newsflash

PARIS, France, 25 septembre (Infosplusgabon) - Le gouvernement a présenté aux associations d’élus locaux, vendredi 22 septembre, les dispositions du projet de finances pour 2018 qui concerneront les collectivités locales. Au menu : contractualisation entre les préfets et les exécutifs locaux, plafonnement des dépenses de fonctionnement et mise en place d’un système de bonus-malus.

 

FIN/INFOSPLUSGABON/AZP/GABON 2017

 

© Copyright Infosplusgabon