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Le report de la Conférence inclusive dévoile une nouvelle impasse dans le processus politique en Libye

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Tripoli, Libye, 1er février (Infosplusgabon) - Initialement prévue pour les premières semaines de janvier 2019, la Conférence nationale inclusive parrainée par la Mission d'Appui des Nations unies en Libye, (UNSMIL), destinée à réunir les différentes composantes libyennes, sans exclusion, en vue de s'entendre sur un calendrier pour les agendas électoraux, la Conférence inclusive a été reportée en attendant une plus grande entente entre les protagonistes libyens au risque de différer une nouvelle fois une issue à la crise dans le pays.

 

Cette nouvelle donne est intervenue dans les déclarations du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations et chef de l'UNSMIL lors d'un entretien télévisé mercredi soir dans lequel il a annoncé que la date de la tenue de la Conférence nationale inclusive ne sera connue que si les parties libyennes en conflit atteignent un certain consensus et s'entendent entre elles.

 

Ce qui implique le report implicite de la Conférence générale inclusive à une date indéterminée et dénote de l'existence de divergences encore saillantes entre les protagonistes libyens.

 

Pourtant l'émissaire des Nations unies avait déployé ces dernières semaines d'intenses activités en vue de mobiliser, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de la Libye, pour la tenue de ce premier point de son Plan d'action pour régler la crise, un forum censé regrouper l'ensemble des protagonistes libyens pour décider du destin de leur pays.

 

Ainsi, après avoir rencontré les principaux protagonistes et s'être rendu dans différentes régions dont le Sud, à Sebha plus précisément pour la première fois depuis sa prise de fonction, Ghassan Salamé s'est attelé à promouvoir l'organisation de la Conférence inclusive qui est le fruit de réunions dans les villes à l'intérieur du pays pour débattre des questions liées à la conception de la future Libye.

 

M. Salamé a, au niveau de l'étranger, effectué une tournée qui l'a menée en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Italie et en France pour solliciter l'appui des puissances régionales et européennes en prélude à la tenue de ce rendez-vous crucial pour la réalisation du consensus.

 

Outre la tenue d'une conférence inclusive en janvier 2019, le Plan d'action de Ghassan Salamé comporte l'organisation d'élections générales au printemps de la même année.

 

Le Plan a évolué depuis novembre dernier en maintenant comme point de départ la Conférence nationale inclusive qui sera suivie d'élections législatives, puis du référendum sur la Constitution, après l'adoption de la loi référendaire par le Parlement, pour terminer par la présidentielle avant fin 2019.

 

C'est surtout la brouille entre l'Envoyé de l'ONU et des acteurs politiques et militaires de l'Est du pays qui semble avoir précipité le report de la Conférence nationale inclusive, selon des analystes.

 

Certains représentants de l'Est de la Libye accusent l'Envoyé de l'ONU de prendre partie en faveur du Conseil présidentiel du gouvernement d'union nationale et le camp des islamistes dans l'Ouest du pays, ce qui a été démenti par M. Salamé qui a rappelé la neutralité et  le rôle de la Mission, à savoir: "épauler les Libyens et servir de facilitateur entre les différentes parties avec lesquelles elle maintient le contact".

 

Tout a commencé avec le communiqué de l'UNSMIL en réaction à l'opération militaire lancée il y a quelque semaines dans le Sud par l'armée nationale libyenne dirigée par le maréchal Khalifa Hafter et dans lequel, la mission a appelé "à la retenue et à la nécessité de la protection des populations civiles".

 

Une position qui a amené le porte-parole de l'armée nationale libyenne, le colonel major Ahmed al-Mesmari, de considérer Ghassan Salamé comme "partie de la crise" au lieu d'en être une solution.

 

Auparavant, le président de la Chambre des représentants (Parlement), Aguila Saleh, avait dénoncé les intentions de la Mission de l'ONU d'organiser une Conférence inclusive, estimant qu'elle représente "un coup d'état contre les institutions en place".

 

M. Saleh a alors répliqué que la Conférence nationale ne doit pas se substituer aux organes politiques existants, appelant à ne pas empiéter les prérogatives des institutions légitimes du peuple libyen en prenant des décisions qui relèvent des seules compétences de décideurs politiques.

 

Des représentants de l'Ouest du pays s'opposent à ce qu'ils considèrent comme les ambitions "démesurées" de Khalifa Hafter qui veut gouverner le pays en instaurant un régime militaire.

 

C'est l'avis de Saber Ahmed Fitouri, un universitaire libyen qui affirme que "les gens de l'Est qui prennent en otage la Chambre des représentants veulent faire échouer l'adoption de la Constitution en promulguant une loi référendaire qui aboutira au rejet de la Constitution en raison des conditions imposées pour valider le référendum".

 

Il les a accusés d'être parmi ceux qui font obstacle au processus politique en œuvrant au maintien du désordre et du chaos qui servent leurs intérêts.

 

Le député Abdessalam al-Nassia, membre de la Chambre des représentants, a  accusé jeudi ceux qu'il a qualifiés de parties influentes, de contrecarrer les efforts visant à résoudre la crise libyenne.

 

"A travers les propos de M. Ghassan Salamé aujourd’hui, il nous est apparu clairement que ceux qui ont fait échouer le projet national de restructuration du pouvoir exécutif, d’unification des institutions, du référendum et d’organisation des élections sont les acteurs influents que M. Ghassan consulte et écoute", a-t-il déclaré dans un tweet posté sur son compte Twitter, ajoutant : "nous voulons connaître ces acteurs".

 

Pour sa part, l'ancien délégué de la Libye au Conseil de sécurité de l'ONU, Ibrahim al-Dabbachi, a souligné que le prochain scénario est "la continuation des dominants sur les rouages de l'Etat dans la capitale (Tripoli) dans les tentatives de bloquer le retour au processus démocratique et l'organisation des élections, et s'ils échouent, ils travailleront à la rédaction des lois électorales de manière à garantir leur accès au plus grand nombre de sièges à la Chambre des représentants, à travers le vote des blocs politiques uniquement et l'obtention du poste de chef de l'Etat en insistant sur l'élection d'un président dès le premier tour".

 

Il a ajouté que "si les élections sont retardées d'un an, l'armée, avec tous ses membres, prendra les devants en prenant le contrôle de la capitale et y ramenant le gouvernement intérimaire jusqu'à la formation d'un nouveau gouvernement et le report des élections en attendant l'adoption de la Constitution. Ce qui pourrait prendre des années et le comportement de l'armée bénéficierait d'un grand soutien de la part de la population".

 

Ce scénario pessimiste tracé par l'ancien diplomate libyen n'est pas à écarter si le blocage pour une issue négociée persiste, ce qui pourrait faire basculer le pays vers de nouveaux épisodes d'affrontements armés, selon des observateurs de la scène politique libyenne.

 

 

 

FIN/INFOSPLUSGABON/RTY/GABON2019

 

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