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Les femmes du sud du Sénégal s'adonnent au maraîchage pour lutter contre la pauvreté créée par le conflit armé

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ZIGUINCHOR, Sénégal, 31 janvier (Infosplusgabon) - Beaucoup de femmes de la Casamance, pour lutter contre la pauvreté, qui a envahi la région à cause du conflit armé, se sont lancées dans le maraîchage. Et pour s’y prendre, elles unissent leurs forces en créant des groupements à l’échelle d’un village ou d’un quartier.

 


Après, elles trouvent un bloc maraîcher commun où chaque membre du groupement bénéficie d’un espace individuel à exploiter. Ainsi, elles y travaillent durant toute la saison sèche, chacune y gagne un peu d’argent pour subvenir à certains besoins de leurs familles.


A Aniack, un village situé à une vingtaine de kilomètres, à l’est de Ziguinchor, les femmes de tout un quartier sont réunies dans un Groupement d’intérêt économique (GIE) et exploitent un bloc maraîcher depuis cinq ans. Elles ont acquis ce bloc grâce à une organisation non gouvernementale (Ong) locale qui a pour vocation de créer un leadership féminin local dans les villages de la Casamance.


C’est cette Ong qui a permis de clôturer l’espace qui fait plus d’un hectare, de creuser un puits et de construire des bassins de rétention d’eau pour ces femmes. Chaque femme, membre du groupement, a cinq planches où elle diversifie les spéculations (tomates, piments, poivrons, oignons, gombos, choux, aubergines).


Fatou Badji, âgée d’une quarantaine d’années est membre de ce GIE. Elle a jeté son dévolu sur les aubergines, tomates et oignons cette année. Elle explique ce choix par le fait que ces spéculations sont plus faciles à sauver face aux nombreuses attaques des insectes et aussi le piment et le poivron inondent le marché en Casamance pendant la saison sèche à partir du mois de mars jusqu’en début d’hivernage, au mois de juin, entraînant une chute considérable des prix. Avec cette activité, elle dit gagner entre 35 000 francs et 50 000 francs par mois durant toute la campagne qui s’étend de janvier à juin.


‘’Avec mes petites activités ici, je gagne pendant la saison sèche, un peu d’argent pour soutenir un peu mon mari à la maison. Avec mes cinq planches, je diversifie les spéculations. Depuis l’année dernière, j’ai choisi de faire des aubergines, tomates et oignons, parce que ces spéculations sont plus faciles à protéger contre les attaques d’insectes. Quand les récoltes commencent, je peux gagner chaque semaine 10 000 francs et parfois plus. Et avec cet argent, j’achète du savon, de l’huile, du sucre… Et je ramène une partie de la récolte à la maison pour la consommation de la famille’’, indique-t-elle.


Elle note toutefois beaucoup de difficultés dans le travail qui se fait sur toute la chaîne de façon manuelle. ‘’Notre travail est très pénible, parce que nous faisons tout à la main. Notre plus grande difficulté, c’est remonter l’eau du puits. Nous épuisons toutes nos forces en tirant l’eau du puits qui fait près de 20 mètres de profondeur. Et nous arrosons avec des arrosoirs. C’est un travail vraiment épuisant. Parfois, ce sont mes enfants qui viennent m’aider quand ils ne vont pas à l’école. Nous avons formulé à maintes reprises des demandes auprès du gouvernement pour avoir une motopompe solaire, mais jusque-là, nous n’avons reçu aucune réponse. Ces difficultés font que certaines de nos membres abandonnent même le travail’’, déplore-t-elle.


Même son de cloche chez Hawa Coly qui dit parvenir à gagner un peu d’argent aussi chaque saison sèche dans ce bloc.


‘’Depuis que nous avons commencé à faire le maraîchage, je gagne chaque année un peu d’argent avec les oignons, piments … que je produis ici. Il m’arrive de faire des recettes pouvant atteindre 15 000 francs par semaine. Et cet argent permet d’aider mon mari à subvenir aux besoins de la famille. Vous savez, trouver de l’argent dans nos pauvres villages depuis que nous vivons le conflit armé, relève du miracle. Ici, la pauvreté est partout. Les familles souffrent parce qu’il n’y a pratiquement d’autres activités qui produisent des revenus. Même pour acheter un savon pour faire la lessive, c’est la croix et la bannière’’, avance-t-elle.


A Kaléane, un autre village situé à plus d’une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Ziguinchor, un groupement de femmes travaille également dans un bloc maraîcher qui avoisine un hectare et demi, acquis grâce à l’appui d’une organisation paysanne de jeunes du terroir qui travaillait en partenariat avec l’Agence des Etats-unis pour le développement international (USAID).


‘’Ici, le ratio est de 10 planches pour chaque membre du groupement. Et les spéculations produites sont, entre autres, le gombo, le piment, les oignons, les aubergines, les carottes, la salade ou le manioc".

Bernadette Manga est membre de ce groupement, elle y travaille depuis que sa famille est revenue d’exil à cause du conflit armé, il y a huit ans. Elle gagne plus de 300 000 francs par campagne. Mais, là aussi les équipements font défaut, tout le travail se fait à la main, confie- t-elle.


‘’Depuis plus de cinq ans, je m’active ici et je gagne jusqu’à 350 000 francs par campagne. Cet argent me permet de faire face à tous mes petits besoins sans tendre la main à mon mari. Vous savez dans nos villages, il n’y a rien. Nous avions fui aux temps forts du conflit casamançais... Quand, nous sommes revenus, il fallait reprendre tout à zéro. Mon mari ne travaille pas donc c’est très difficile de faire face aux besoins de la famille. Le riz que nous cultivons dans nos petites parcelles rizicoles ne peut même pas couvrir la moitié de l’année. Donc nous vivons dans une pauvreté totale, c’est pourquoi je m’efforce à travailler dans le bloc maraîcher des femmes du village pour avoir un peu d’argent.


"Certes le travail est très pénible parce que nous faisons tout le travail à la main, c’est là-bas que nous passons la journée, mais c’est un mal nécessaire pour notre survie. Et mon mari essaie de gagner, de son côté, un peu de revenus avec la récolte de vin et des noix de palme’’, informe-t-elle.


Dans le département de Bignona, dans la partie nord de Ziguinchor, des blocs maraîchers émergent dans tous les villages aussi et c’est pratiquement la même situation. Autrement, ces blocs sont tenus par des femmes à la recherche de revenus pour juguler un peu la pauvreté ambiante dans ces villages. Mais certains de ces blocs commencent à avoir quelques équipements.


C’est le cas notamment à Tobor où un groupement a acquis un mini-forage et une motopompe, offerts par un fils du village, installé aux USA. Ce groupement, qui exploite un espace de deux hectares, a une caisse commune. Ici, le travail se fait toute l’année et chaque mois les récoltes génèrent au moins 500 000 francs. Selon Amy Badiane, elles sont même en train d’expérimenter les champignons qui sont une spéculation rare en Casamance, preuve que le groupement progresse.


Au niveau des services de la direction régionale du développement rural (DRDR) de Ziguinchor, on indique que les agents sont disponibles pour accompagner techniquement ces groupements surtout pour faire face aux attaques d'insectes qui constituent le principal fléau dans le maraîchage. Le directeur Casimir Diatta souligne que les agents de son service sont prêts à répondre à toutes les sollicitations pour aller apporter leur expertise à ces braves femmes qui, selon lui, sont des soutiens de familles.


FIN/INFOSPLUSGABON/HPO/GABON2019

 


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