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France : “Gilets jaunes” : la réforme de la fonction publique à l'épreuve de la contestation

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LIBREVILLE, 4  décembre (Infosplusgabon) - Le gouvernement doit finaliser le projet de réforme du cadre de la fonction publique alors que la crise politique et sociale a atteint son paroxysme ce week-end. Le rapport du gouvernement aux syndicats est en question.

 

 

Après trois semaines de contestation ponctuées par un week-end où le chaos a régné sur Paris, le mouvement des “gilets jaunes” finira-t-il par avoir un impact sur l’agenda des réformes du secteur public, et plus globalement sur la fonction publique ? Le mouvement, parti d’une fronde née de la hausse du prix des carburants et de l’annonce de nouvelles taxations en la matière, ne cesse de s’étendre, avec des slogans allant jusqu’à contester la légitimité de l’exécutif. Un mouvement spontané, gazeux et attrape-tout, avec des mots d’ordre antinomiques, entre revendications sur le pouvoir d’achat, contestation de l’impôt, dénonciation de l’éloignement des services publics (notamment dans les territoires ruraux) ou critique de la dépense publique.

 

Qu’en sera-t-il, à l’issue de la crise, de la capacité du gouvernement à réformer ? Dans les prochaines semaines, le secteur public verra en effet une réforme du cadre statutaire de la fonction publique, la mise en œuvre du prélèvement à la source – au 1er janvier 2019 –, la réduction de plus de 4 000 postes prévue dans le cadre du prochain projet de loi de finances (la deuxième tranche, pour atteindre les 50 000 annoncées pour la fonction publique d’État d’ici la fin du quinquennat) et bien sûr, la réforme des retraites.

 

La marche vers le prélèvement à la source (un point crucial de la perception de l’impôt et de son impact psychologico-social) paraît trop avancée pour être stoppée, tandis que la réforme des retraites, très impactante pour les agents publics, s’inscrit, elle, dans un horizon plus lointain, les décisions ayant été prudemment renvoyées après les élections européennes. De quoi laisser venir. À court terme, ce sont donc bien la réforme du cadre statutaire de la fonction publique et la stratégie de suppressions de postes qui posent en premier lieu question.

 

Tensions avec les syndicats

 

Jusqu’à présent, le gouvernement Philippe a maintenu le suspense sur sa tactique et son calendrier de la réforme du cadre statutaire. On sait juste que la réforme doit être votée au Parlement d’ici la fin du premier semestre 2019. L’exécutif dégainera-t-il ses mesures entre le 7 décembre (le lendemain des élections professionnelles organisées dans la fonction publique, le 6) et le début des vacances de Noël, comme certains le supputaient avant la crise des “gilets jaunes” ? En creux, c’est aussi le temps laissé aux discussions avec les syndicats qui se joue.

 

Et ce alors que ces derniers n’ont eu de cesse, ces derniers mois, de brocarder un gouvernement sourd à leurs revendications et avançant seul dans son couloir, en dépit des nombreuses réunions de concertation organisées depuis début février. Des réunions (pour rien) avec des syndicats “cornérisés”, a-t-on entendu plusieurs fois dans le sillage de quelques claquements de portes. Depuis le départ, les désaccords n’ont pas beaucoup varié et portent sur des points majeurs de la réforme, structurels, voire idéologiques : élargissement du recours au contrat, développement de la rémunération au mérite, rationalisation importante des instances de dialogue social.

 

“Selon les échos que nous avons eus ce week-end, d’aucuns s’interrogeraient en haut lieu sur la nécessité de tempérer sur la fonction publique”, croit savoir, ce 3 décembre, un syndicaliste influent.

 

Réunion le 4 décembre

 

L’agenda du Président Macron communiqué par l’Élysée mentionne une réunion au “Château” le mardi 4 décembre à 16 h 30, autour du chef de l’État et à laquelle participeront le Premier ministre, Édouard Philippe, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, et le secrétaire d’État placé auprès de lui, Olivier Dussopt. L’ordre du jour de la réunion n’est pas précisé, mais nul doute qu’il sera question de l’impact de la contestation des “gilets jaunes” sur les réformes en cours. Que décidera l’exécutif ?

 

“Tout dépend de ce que le gouvernement va lâcher pour calmer les « gilets jaunes », estime un haut fonctionnaire spécialiste des ressources humaines. S’il a le sentiment de s’être fait forcer la main, il risque de compenser par des mesures hard, qui peuvent rapporter des sous (ou en faire moins dépenser) sur ce secteur : élargissement total du recrutement par contrats, réductions d’effectifs accélérées… Les résultats des élections professionnelles seront une autre variable à prendre en compte, notamment si les « durs » [les syndicats les plus contestataires comme la CGT et FO, ndlr] gagnent du terrain”.

 

Tout le monde en convient : la crise des “gilets jaunes” – pour l’instant peu investie du thème de la fonction publique – remet sur le devant de la scène le rôle des syndicats. Des syndicats dont la séquence enclenchée il y a trois semaines a montré qu’ils n’étaient plus des interlocuteurs légitimes aux yeux des "gilets jaunes". En plein renouvellement du personnel syndical, une question se pose : le mouvement des “gilets jaunes” peut-il investir la fonction publique ?

 

“S’il n’y a pas de tournant politique important, comme une dissolution de l’Assemblée nationale, est-ce que l’on continue cette espèce d’affrontement, avec des mouvements sociaux pas structurés, sans leader, en dehors du cadre de la démocratie représentative ?” s’interroge Luc Rouban, directeur de recherches à Sciences Po (Cevipof) et spécialiste de la fonction publique. “Dans ces conditions, peut-on se lancer dans une réforme de la fonction publique qui sera en plus associée à une réforme des retraites ? Je trouve cela très difficile. Est-ce qu’à ce moment-là, on ne risque pas de voir une partie de la fonction publique rejoindre les « gilets jaunes », avec des gilets d’une autre couleur ?” poursuit le sociologue.

 

“Contestation de fond”

 

Luc Rouban a notamment en tête la situation parfois assez difficile des agents publics de catégorie C et rappelle qu’au second tour de l’élection présidentielle de 2017, 40 % d’entre eux ont voté pour Marine Le Pen. Une situation proche de celle des ouvriers dans le privé, mais qui heurte l’imaginaire traditionnel du fonctionnaire de gauche. “On est dans l’expression d’une contestation de fond, qui prend la voie du vote pour le Rassemblement national (RN) notamment, mais qui peut aussi prendre la voie d’une contestation spontanée du type « gilets jaunes », avertit Luc Rouban. Le mieux, pour le gouvernement, c’est d’avoir des syndicats forts et de discuter avec eux, quitte à lâcher certains éléments de la réforme.”

 

Jusqu’à présent, le gouvernement Philippe a plutôt donné le sentiment d’une mobilisation a minima pour ces élections professionnelles, notamment en termes de communication (le budget donné aux syndicats pour les aider à mobiliser était par exemple de 200 000 euros cette année contre 450 000 euros lors du scrutin de 2014), certains le suspectant d’espérer un taux de participation assez bas. Pour mieux avancer sur le chantier de la réforme.

 

Quels que soient les résultats, les syndicats mettent en garde : “Nous disons « attention » au gouvernement, prévient Luc Farré (Unsa). Il ne doit pas précipiter les choses [...], il doit arrêter de passer outre les organisations syndicales [...], le mécontentement est Nouveau déjà palpable dans la fonction publique.” “Le début d’année s’annonce délicat, abonde Bernadette Groison (FSU). Le gouvernement doit s’interroger sur la manière dont il considère les organisations syndicales (sur le projet de réforme de la fonction publique), sans quoi il risque de se retrouver confronté à un arc syndical important qui se retrouve depuis le début du quinquennat.” “Le mécontentement des agents publics risque de monter en puissance s’il n’y a pas de changement d’attitude […], comme nous le disons depuis des mois, les réformes sont nécessaires, mais encore faut-il que la forme soit là”, juge aussi Nathalie Makarski (CFE-CGC).

 

Interrogations autour de la convention managériale du 12 décembre

Dans ce moment troublé, un événement retient l’attention : la convention managériale du 12 décembre, qui doit réunir au palais des Congrès, à Paris, 1 500 agents de l’encadrement supérieur et dirigeant de l’État (administrations centrales et territoriales). Un grand raout très inhabituel. Le Président et le Premier ministre doivent livrer un discours de sens au cours de cette convention. L’événement doit aussi servir de lieu d’échanges et de partage autour de la transformation et du management, via des ateliers très thématisés. “Je suis très inquiète pour la réunion du 12 [...]. Si la réforme devait être bouclée à cette date-là, devant les hauts fonctionnaires, le message serait désastreux en matière de dialogue social”, dit Bernadette Groison (FSU). Une autre question est aussi posée, sur le plan sécuritaire, dans le cas où la contestation ne faiblirait pas d’ici le 12 : la convention ne pourrait-elle pas servir de cible très symbolique pour les éléments les plus radicaux ? (Source : Acteurs  public)/

 

 

FIN/INFOSPLUSGABON/OPK/GABON2018

 

 

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